Pensées et ravissements, Appel aux guerriers pacifiques -page 1 à 38

 

  

     

 

Peggy Petit

Pensées et ravissements

Appel aux guerriers pacifiques

Témoignages et Documents

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Éditions Le Manuscrit, 2006

www.manuscrit.com

 

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Finalement, ce livre n'a jamais vu le jour car une nouvelle équipe éditoriale a refuser la dernière version, plus engagée que la précedente, ceci car je n'entrais plus dans le programme de l'édition...


Cet ouvrage mêle spiritualité, récit de vie, dénonciation du pire se déroulant sous les cieux et appel à la tolérance des différences, véritable richesse de notre belle planète...

 

 





 

 

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     Introduction

 

« Dieu n’abandonne jamais ceux qui veulent être à ses côtés », pensais-je si soudainement et si fortement que je voulus l’écrire aussitôt.

A partir de ce moment commença l’aventure partagée, une conversation intime avec un ami proche, tous ce que je pensais sans le pouvoir confier à mon entourage…

Dorénavant je ne cesserai d’écrire au fil de mes ravissements à qui voudrait le lire un jour, emplissant ma céleste solitude d’espoir nocturne et journalier.

 

Sous la plume se glissa alors comme venue de nulle part une phrase issue d’un poème qui, je me le remémorais plus tard, était de Jean de La Fontaine : « Tout un chacun dépend de celui qu’il écoute ».

Ou qui l’écoute ? Je ne parvenais à me souvenir de la formule exacte. Alors ce questionnement en apporta bien d’autres.

Ce double sens me fit réfléchir un certain temps car, en fait, les deux formes sont nécessairement indissociables pour qu’un homme, social de par essence, puisse se développer.

Et ce, que ce soit en bien ou en mal, car tout n’est que potentialité : qu’il puisse entendre la voix de la raison et du cœur sans quoi il déviera de son axe, qu’il soit écouté et respecté afin qu’il puisse se révéler à lui-même.

 

Ces quelques pensées étaient si recherchées et si subites qu’elles me donnaient l’impression de venir d’une tierce personne. Je me sentais réceptionniste d’un message d’une grande envergure et cela me remplit d’amour.

Alors malgré cette solitude devenue si familière, palpable et carnassière, je savais que je n’étais plus seule.

Je ressentais de l’écoute et du réconfort, chose qu’on ne vit généralement pas en solitaire, ni même trop souvent à plusieurs…

 

Je sentis une réelle chaleur m’envahir et j’eus l’impression que cet amour grossissait comme une bulle de savon qui finit par exploser.

Mille baisers, de mille sources coulèrent sur mon âme endolorie et l’apaisèrent d’un seul murmure.

Je pris conscience que la trentaine enfin sonnée, n’était que le début d’une quête spirituelle et morale à l’affût du moindre signe divin.

Mais d’autres avant moi, à force d’attendre Le signe, s’étaient obscurcis la face au point de renier le fils, les prophètes et autres instruments sacrés.

 

Une évidence s’imposa alors : je devais préserver mon cœur de l’orgueil, de l’arrogance et de la vanité de l’homme moderne et détecter Sa présence en toute chose ici -bas.

Ce travail devait être quotidien, tout comme les gammes d’un musicien. Peut-être alors serais-je épargnée par la matérialité aliénante et son macabre festin.

Que ce soit au fond de moi-même ou dans tout ce qui m’entoure, mon objectif devenait l’Infini, le Très Haut, en toute humilité, en appréciant la moindre étincelle de vie, aussi dérisoire puisse-t-elle paraître à mes contemporains jusqu’aux immensités, aux fastes majestueux de Dame Nature qu’ils ont sous leurs yeux aveugles.

 

Car, bien qu’il soit convenu que l’Essence Divine soit omniprésente, on ne s’en rend même pas compte. Peu ont médité sur cette caractéristique divine et pourtant…

Toute chose sur Terre est à la fois composée de matière et, par le jeu sphérique des atomes, d’espace vide.

Et le vide comme la matière ont tous deux leur utilité car, selon la onzième pensée de Lao Tseu : « On pétrit de la terre glaise pour faire des vases mais c’est de son vide que dépend l’usage des vases.

On perce des portes et des fenêtres pour faire une maison mais c’est de leur vide que dépend l’usage de la maison.

C’est pourquoi l’utilité vient de l’être, l’usage naît du non-être ».

Je pense donc que Sa suprématie est composée à la fois du vide et du plein.

Et d’ailleurs, seule la réfraction de la lumière désigne à notre sens visuel ce qui est matière et ce qui ne l’est pas.

 

Omni est Sa présence.

Par conséquent, on ne doit que La voir.

Que L’avoir à chaque instant sous les yeux et en nous, arrogants imbéciles que nous sommes quand nous nous réclamons de l’ordre des clairvoyants, aveuglés par ce déséquilibre en faveur de la science et réclamant Le fait observable.

Ainsi, Râmakrishna nous rappelle en sa 1057ème pensée : « Il ne nous est pas donné de connaître Dieu et il n’est pas exigé de nous de Le connaître entièrement. Si nous pouvons Le voir et sentir qu’Il est la seule réalité, cela suffit ».

 

Ainsi, mon ambition n’est pas de convertir mon prochain à l’une ou l’autre des religions humaines mais de m’adresser avec confiance à cet ami idéal, cette belle âme collective représentant le bon en chacun de nous et , par ce partage, nous aider mutuellement à percevoir la Lumière car elle est partout.

 

Le signe tant attendu qui pourra nous faire croire en Notre Créateur ne peut venir que du cœur de nous même. N’entendons nous pas ses anges qui nous appellent ?

 

 

 

 

 

 

 

Tranches de vie

Ce chapitre est composé essentiellement de petites anecdotes sur ma vie.

J’ai conscience également qu’en me livrant ainsi, je fournis à ceux qui voudraient me blesser ou me discréditer une précieuse arme.

Ainsi dit-on que le meilleur ami peut devenir le pire ennemi car en approchant notre intimité, il y décèle les failles dans lesquelles il peut s’engouffrer.

 

Mais là n’est pas ma préoccupation. A vous de décider si vous préférez être amis ou ennemis car c’est à tous que je m’adresse et à qui j’offre mon épée aiguisée.

Que vous perciez mon flan ou que vous rejoignez les rangs, cela vous regarde.

D’ailleurs, votre regard ne retranchera ni n’ajoutera rien à ce que je suis, en tant qu’ entité semi-individuelle…

Car une moitié de moi-même est ce que je suis en mon for intérieur protecteur tandis que l’autre moitié est hors d’atteinte, parfaitement éthérée.

 

J’ajoute que, tôt ou tard, nous finirons tous par nous réaliser en l’ Unique, mettant un terme au cycle mort-naissance-vie.

 

Bien que cette fusion totale semble si éloignée de la triste réalité de ce monde où tout va de travers, je pressens que nous ne l’attendrons pas en des temps géologiques…

N’avez-vous pas conscience que votre vie passe à toute vitesse ? Comme si vous deviez-vous dépêcher d’en finir avec elle et avec ce cycle infernal…

Ainsi, frères et sœurs, là-haut nous danserons ensemble, quelques furent les rancœurs, les jalousies, les incompréhensions d’ici-bas.

Je me livre à vous, amis ou ennemis inconnus car Dieu est en tous.

Place aux souvenirs…

 

****

 

Je me souviens de cet été 2006, où, pour la seconde fois en trente ans je pus approcher l’Océan Atlantique. Que ce fut aux temps de mon enfance ou pour l’adulte que j’étais devenue, l’attraction fut la même.

 

Comme aux temps de l'enfance, mes jambes se mirent à courir, obéissant à l’ordre que mon cœur leur donnait. Et au fur et à mesure que je m’approchais de l’immensité bleue, elles prenaient de la vitesse, sans que je ne puisse rien contrôler.

Puis, m’ agenouillant à ses pieds comme un chevalier le fait devant son roi, je rendis hommage à ce monarque tout puissant.

Ses grondements, sa force et son attirance étaient impressionnants. J’avais l’impression qu’il voulait m’engloutir.

Car le flux m’inondait de plus en plus et le reflux m’enfonçait de plus en plus dans le sable. J’étais incontestablement happée par l’océan déchainé.

Je pris peur et reculais vivement, certaine qu’il m’aurait avalée… Alors, je repris conscience de la réalité : j’avais perdu mes amis et une de mes tongs. Il me fallait réagir.

 

Je partis donc à la recherche de la sandale égarée sur la plage endormie. Mais, inondée par le flot continu d’énergie provenant de l’immensité noire, je me mis de nouveau à courir. Et de sauter, et de tournoyer dans la ronde imaginaire formée avec les sirènes et les néréides, les ondines et les naïades pour célébrer les retrouvailles !

Au hasard de la nuit, je passais quelquefois près des amoureux et des anonymes nocturnes qui toujours riaient de me voir ainsi virevolter tel un gai lutin.

On me félicita au passage pour le sprint déjanté accomplit quelques temps plus tôt !

J’étais ivre de joie et partageait cette ivresse avec d’autres moi-même.

 

Rejoint enfin par un de mes compagnons de route, celui-ci me raconta comment il avait vu ma folle silhouette du haut de la plage.

Il m’expliqua comment j’avais effectué d’immenses cercles qui lui semblaient parfaits, ce qui l’avait étonné et m’étonna aussi…

L’ami de toujours partit s’allonger quelques heures dans la voiture tandis que je restais là, pensive…

 

Alors, face à cette grandeur, ce manifeste de puissance de belles heures méditatives se mirent à défiler.

J’étais sous l’emprise de la beauté de l’union majestueuse de l’océan et du ciel déchainé, zébré de magnifiques éclairs, comme autant de voiles de mariées.

 

Ce spectacle fabuleux surpassait de loin tous les feux d’artifices qu’il m’eut été donné de voir.

Mon cœur, débordant d’amour pour la Création en vint à prier pour mes contemporains, pour qu’ils ouvrent les yeux sur la beauté qui ne revêt ni ne consomme aucun artifice.

Face à ce macrocosme liquide et à cette électricité spontanée, j’eus alors la vision d’une parfaite opposition : l’eau et le feu. Et de plus, l’océan éternel et l’éclair si fugace…

Dame Nature associe si bien les différences.

Elle nous donne bien des leçons sans que nous dédaignions l’entendre alors qu’il est bien temps.

 

Parmi cette multitude d’éclairs, une infime partie me faisait le doux hasard de tomber juste face à moi, suscitant un mélange émotionnel assez saisissant de stupeur, de dévotion et de joie mêlées.

Ces frissons me donnèrent l’audace d’interpeller Le Créateur, de le prier de réitérer sa magnificence.

 

C’est alors que la tendance s’inversa en passant de un quinzième à un tiers des occurrences. Alors qu’ils n’étaient qu’une exception, ces éclairs « frontaux » devinrent généralité.

Mon âme se prosterna, emplie de gratitude et j’en étais à formuler des remerciements quand la hardiesse m’envahit de nouveau.

Intérieurement, je me mis à hurler : « Dieu, montre moi ta grandeur ! ».

 

Et bien que cela pu passer pour blasphématoire envers mes propres convictions (car rien n’est à nous prouver, microbes interstellaires que nous sommes), j’eus une réponse immédiate : le plus majestueux de tout les éclairs qu’il m’eut jamais été donné de voir atterrit bien plus près que les autres cette fois ci.

Son contact large et sphérique avec les nuages et son bras majestueux allant se rétrécissant vers l’océan m’évoquait une tornade. De petits filaments de foudre s’élançaient de cette colonne, sur toute sa hauteur et dans toutes les directions.

Alors que la distance était encore respectueuse de mes faibles capacités humaines, je pris peur et préféra stopper là toute audace.

 

C’est alors qu’un homme s’arrêta pour me demander du feu, chose logique puisque moi même je fumais.

Il me demanda ce que je faisais là, je sentis dans son regard qu’il s’inquiétait pour moi…

Il est vrai qu’une « petite demoiselle » assise par terre, derrière une barrière, seule dans la nuit, c’est plutôt incongru !

Je lui répondis que je priais pour que les yeux de mes contemporains s’ouvrent enfin.

Il m’exhorta à continuer et je vis en lui un homme de bonne volonté.

Il était infirmier, plein d’amour à donner à ceux qui en avaient le plus besoin… un frère en puissance.

 

Je devinais alors que j’avais approché un ange qui continua sa route en direction du bien, du beau et du vrai après avoir entretenu en moi la flamme de l’espoir.

Grâce à tous ces anges rencontrés sur mon chemin, j’avais encore foi en l'homme.

Bien plus d’une fois leurs avait-il fallu se manifester pour me sauver du mysanthropisme car bien des fois avais-je été déçu par les hommes.

Et à chaque fois un être profondément humain me prouvait qu’il fallait persévérer, y croire encore malgré que Dame Nature était blessée, qu’elle hurlait aux hommes de cesser le carnage tandis qu’ils ne l’entendaient pas, malgré que l’homme demeurait un loup pour l’homme, s’ auto-détruisant à petit feu.

 

Je retournai enfin dans la voiture rejoindre le sommeil de mes compagnons mais je ne parvins à m’endormir, pleine de ces pensées. Une demi-heure plus tard, il était temps de se lever !

Cet été là, je connus pour la première fois l’absence de faim, de soif et de sommeil.

Mais alors que j’alternais jeun et mi-jeun, je ne m’étais jamais sentie aussi forte. Au point de gravir une côte en courant tout aussi facilement que si je la descendais !

J’y pris un tel plaisir que je partis gambader le long des sentiers alentours, m’emplir des bienfaits des cinq éléments qui, en cet endroit, montraient tant de force. Car l’eau infinie, la terre protectrice, l’azur si profond, le feu intérieur et celui du soleil et l’éther réunissant le tout m’offraient une énergie inépuisable.

 

A tel point que je cumulais nuits blanches et endormissements à même le sol. Car chaque nuit, je courrais, dansais, conversais, chantais… jusqu’au moment où je tombais, m’endormant à l’endroit même de ma chute.

Mais le sommeil n’avait jamais été si doux, si reposant. Même le carrelage devenait doux comme du coton après des heures de danse éperdue.

Quant à la terre, elle ne m’a jamais meurtrie même auparavant car elle contient un pouvoir régénérateur. Et quel lit si doux que l’herbe si moelleuse de la forêt ancestrale de mon enfance.

 

L’ Océan, lui, était nouveau et je ne cessais d’écourter mes temps de repos pour pouvoir le découvrir sous tous ses angles…

Je ne vis jamais autant mes compagnons dormir tandis que je m’extasiais devant les beautés et largesses alentours. Chaque instant était magique, si rare, si précieux.

 

Alors que nous campions à même la plage, au lever du soleil, la faune ailée passa sous mes yeux ébahis.

Véritable guirlande de fête, telles les petites lumières clignotantes de Noël, Dame Nature m’offrait le plus fabuleux des spectacles.

En effet, cette double file indienne, par la magie de ses innombrables ailes déployées puis rabattues indéfiniment, reflétait et absorbait la lumière solaire, au fur et à mesure de la couleur du plumage présenté au firmament.

 

Et que dire de ces tours de galets de toutes les couleurs construites à même les pieds des compagnons endormis…

L’ami de toujours me raconta, à mon réveil, qu’il avait assisté, horrifié à la destruction par mon pied rêvassant de ces cathédrales chatoyantes qu’il venait juste de contempler.

Vert émeraude, jaune d’or, divers rouges rubis, grenats et orangés, noir, blanc offerts puis repris indéfiniment par l ’Océan…

Ramassant prestement, lors de folles et riantes courses-poursuites avec les vagues, ces cadeaux colorés aussi diverses que tranchés, je n’avais eu qu’à les unir selon leur sensibilité pour créer de petites œuvres d’art.

 

L’air désolé de mon frère me fit rire aux éclats car je jubilais de rejoindre ainsi la beauté des esprits de la nature, aussi éphémère qu’ éternelle comme le scintillement des gouttes de rosée au petit jour ou l’écume blanche et chantante des vagues à la marée montante, destinées à disparaître sitôt crées, tout comme ces tours de galets acrobatiques et bariolées.

 

Par l’enchantement de mes yeux à la richesse de la matière et à l’enchantement témoigné par mon camarade, mon cœur, de nouveau, s’enflamma d’amour pour la Création.

Nul besoin de s’attacher à une seule de ces beautés quand elles sont reproduites sans cesse sous la plus grande diversité de formes et de possibilités. L’authenticité naturelle est pur joyau.

Il s’agit simplement de la voir, de la sentir, de la toucher, de la percevoir.

Et pour l’apercevoir, il faut lever le voile, regarder avec les yeux du cœur, ceux de l’enfant.

 

Mais plus tard, dans l’après-midi, alors que la plage était envahie, j’allais encore apprendre à connaître ce vénérable Poséidon.

Après maintes et maintes courses-poursuites entre lui et moi, je le laissais me fracasser par des vagues aussi hautes que ma petite personne. Bras en croix, je fus projetée à une vitesse prodigieuse et par une force inouïe.

Les gens alentours commencèrent à protester face à mon inconscience. D’ailleurs j’étais sonnée par les galets propulsés à encore plus grande vitesse que moi lors du flux et qui m’avaient matraqué lors du reflux…

Mais heureusement, je ne fis que frôler le sceptre-trident de Neptune car je m’étais protégée la tête en mes bras, en imitant le vol de Superman.

La posture et la vitesse de propulsion étant proche de celle du célèbre héros, je voulus réitérer cette expérience cinématographique. C’était vraiment grandiose de rentrer dans la peau du personnage !

Mais aussi très dangereux… Je ne le tentais plus qu’une fois, arrêtée à la fois par la protestation générale et quelques hommes se dirigeant vers moi mais aussi par un rocher qui m’avait surprise.

Emplie de respect face à cette immensité bleue, je déambulais, complètement saoulée par la puissance des chocs, vêtements collés à la peau, le long de cette plage ou les corps rôtissaient.

La chanson « People are strange » des Doors collait si bien à cette scène que je me mis à la fredonner. J’avais le sentiment si fort que la vérité était ailleurs...

 

****

 

Projetons-nous maintenant à une autre époque de ma vie, six saisons plus tard.

J’étais sur le pas de ma porte, prête à rentrer chez moi lorsque me vint l’envie soudaine de me promener en forêt.

Je savais le danger que cela représentait pour une femme seule avec un jeune enfant, mes proches m’ayant suffisamment avertie. Mais, sur le moment, je ne pus y songer face à la force de cet élan incontrôlable et dix minutes plus tard, mon vœu était exaucé.

 

Arrivée à l’orée de la forêt d'Ardennes, je remarquais deux voitures garées. Je ne tardais pas à croiser la propriétaire de la première : une femme, seule comme moi, avec un enfant de deux ans tout au plus.

Chacune continua son chemin, préférant la quiétude de l’enfance et de la nature mêlées à une discussion de courtoisie. Nous étions là avant tout pour ressentir le bien-être procuré par le soleil à travers les branchages. Les gazouillis de nos enfants et des oiseaux était la seule chose que nous voulions entendre.

 

J’en étais à batifoler avec les fées sylvestres lorsque, tout à coup, j’entendis en moi l’ordre impétueux de repartir. C’était catégorique, je sentais la menace imminente. L’angoisse qui m’envahit alors était si forte qu’elle en devenait presque palpable. Même la nature semblait m’avertir.

Mon fils commença à protester mais je savais qu’il n’y avait pas une minute à perdre… J’eus rapidement raison de lui grâce à ce bon vieux loup qui rôde la nuit et mange les enfants. Et le ciel hivernal, pour m’aider, se teinta d’orange.

 

A l’approche de mon véhicule, je ne vis plus qu’une des deux autres voitures avec, devant son coffre ouvert, un homme occupé à retirer ses bottes.

Dès que je le vis, je sentis de très mauvaises vibrations m’envahir et j’accélérais le pas.

L’homme se dirigea vers moi… Mes mains ne parvenaient pas à trouver les clés de voiture dans des poches remplies de papiers de bonbons ramassés en forêt.

Il me dit bonjour, très aimablement, me dépassa et se planta au devant de ma voiture, faisant mine d’admirer le lac gelé.

Je fis enfin asseoir mon fils sur son siège auto malgré ses protestations et les secondes interminables qui défilaient…

Profitant que je sois penchée sur lui, l’homme se rapprocha de moi. Il était à présent dans mon dos.

Surpris par mon volte face et l’extrême qui-vive qu’il lut dans mon attitude et mon regard (j’étais prête à bondir), il recula d’un pas.

Je pus fermer la porte arrière à clef tandis qu’il fit mine d’engager la conversation (« je ne suis pas du coin, comment s’appelle ce lac… »).

Sans le lâcher une seconde du regard, je m’engouffrais dans ma voiture et poussa le verrou.

L’homme, dépité, s’éloigna.

Si j’avais hésité un seul instant, si j’avais détourné le regard, si mon regard n’avait pas été celui d’une tigresse prête à défendre sa portée ou si je lui avais accordé les quelques secondes de conversations nécessaire à son élan… je suis persuadée que je ne serais plus là aujourd’hui pour vous rapporter cette anecdote à la Stephen King.

 

Stephen King… le site où je me trouvais se prêtait formidablement à cette atmosphère étrangement noire, teintée de fantastique qui lui appartenait.

À vrai dire la forêt des Ardennes Belges et Françaises vaux celle de Brocéliande en termes de légendes et d’étrangeté.

Elles font d'ailleurs partie du même massif ancestral et portent les mêmes vibrations communes au Petit Peuple (elfes, gnomes, fées et autres créatures...).

Ainsi, je me trouvais sur le site de l’étang de Doby qui, d’après la légende, est l’endroit où demeure une âme en peine qui hurle à la nuit tombée. Son cri lui a donné son nom : Oye!

Paraît-il qu’un jour fort lointain, l’homme fort du village, son ego sur la balance, s’enorgueillit de se rire de la terreur locale lorsqu’il la rencontrerait.

Il partit donc en forêt, vers ce lac maudit lorsque vint la nuit, fort d’avoir misé sur sa propre tête.

Paraît-il qu’on le retrouva le lendemain dans les bois, muet de stupeur et les cheveux soudainement blanchis.

 

Mais cette ambiance lugubre, liée à ce qu'il venait de se produire et à la sauvagerie du lieu fit vite place à une luminosité sans pareille.

Je venais de vaincre un adversaire féroce dans un endroit maudit. La victoire était double !

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Enfin de retour sur la route principale, je me mis à penser à la femme croisée plus tôt… Si je n’avais pas été là, que serait-il advenu d’elle et de son enfant ?

Je compris alors que cette impétueuse envie de ballade était un appel désespéré de l’ange gardien de cette dame. Si je l’avais intercepté, c’est que j’étais suffisamment réceptive d’une part et que l’on savait là-haut que je me montrerais à la hauteur de la tâche, que mon heure n’était pas encore venue.

 

A nouveau, je fis l’expérience étrange d’un mélange inaccoutumé d’émotions : une reconnaissance sans limite d’avoir été choisie comme instrument du Très-Haut, une terreur immense face à ce à quoi j’avais échappé et la joie toute simple d’être encore de ce monde car j’avais encore bien d’autres missions à remplir.

 

Mais le sentiment de gratitude, la dévotion infinie, l’amour total pour le Créateur, Père Céleste et la Nature, Mère Divine était plus fort que la sensation du danger encouru. Un court instant je me sentis invincible.

Mais cette sensation d’invincibilité ne devait pas me permettre de faire de faux pas. Elle serait vaincue à son tour.

 

****

 

Alors bien sûr cela n’engage que moi mais je suis persuadée que chacun de nous est destinataire de signes plus ou moins visibles qu’il n’est donné qu’à lui seul d’interpréter.

Parfois ils sont aussi saillants qu’un seul arbre dans un champ à l’horizon tout comme cet éclair dont je me rappellerai toujours.

Parfois, leur discrétion n’aura d’égale que leurs répétitions, que l'on appelle des coïncidences ou processus de synchronicité (terme employé par James Redfield : La Vision des Andes et Et les hommes deviendront des Dieux, entre autres romans initiatiques...).

Alors, ils seront aussi fugaces qu’un léger courant d’air, coupé dès lors que nous fermons la porte.

 

Encore faut-il les capter, oser regarder le monde avec un regard d’enfant, limpide et ouvert.

Ainsi, il faut absolument conserver l’enfant qui est en nous car ce n’est pas pour rien qu’il est dit que le royaume des cieux leurs appartient.

Râmakrishna nous l’enseigne à plusieurs reprises. D’abord en sa 731ème pensée : « Il faut avoir la foi d’un enfant innocent et ce même désir qu’il a de voir sa mère ».

Puis, en sa 758ème pensée : « Celui qui se soumet à la volonté du Tout-Puissant, avec un cœur plein de foi simple et d’amour candide, réalise rapidement le Seigneur ».

 

Faites confiance à votre instinct, car sa voix intérieure a permis à l’homme des cavernes (qui n’avait guère d’autres moyens) de pérenniser l’espèce et c’est grâce à quoi nous sommes là aujourd’hui.

Il est grand temps pour l’homo-modernicus de se reconnecter avec les potentialités qu’il renferme et qu’il nie, ne pouvant les expliquer.

 

Ironie du sort, c’est aujourd’hui que nous en avons le plus besoin et nous ne nous en sommes jamais autant séparés…

En réalité, notre de système de pensées est formaté pour rejeter en bloc ce qui est inexplicable, non cartésien, non mesurable par les outils dont nous disposons.

Notre ego a écarté cette idée d’incompétence à interpréter l’évidence, cette incapacité remettant en cause sa toute puissance.

En réalité, nous n’avons jamais été séparés de rien, d’aucunes de nos potentialités car seul notre esprit à conçu cette pensée…

Tout n’est qu’ illusion car, comme tout ce qui existe, nous faisons partie du Tout !

Nous vivons dans une sorte de Matrix car nous n’avons pas conscience que nous sommes reliés à la matrice et que l’Univers entier est en nous.

 

Khalil Gibran, dans Le Prophète, l’explique magnifiquement. Je cite : « Tout ce qui est dans la création existe en vous, et tout ce qui existe en vous est dans la création. Il n’est pas de frontière entre vous et les choses les plus proches, et il n’y a pas de distance entre vous et les choses les plus éloignées. Et toutes les choses, de la plus basse à la plus élevée, de la plus petite à la plus grande, sont en vous dans une complète égalité.

Dans un atome, on trouve tous les éléments de la terre ; dans un mouvement de l’esprit se trouvent tous les mouvements des lois de l’existence ; dans une goutte d’eau se trouvent tous les secrets des océans sans fin ; dans un aspect de vous, il y a tous les aspects de l’existence ».

En ça, chers amis, nous avons le pouvoir de refaire le monde à chaque instant, à notre propre échelle, dans notre propre champ d’action.

 

D’autre part, qui n’a pas en mémoire un ou deux coups de chance incroyables, ne serait-ce qu’une chute amortie on ne sait comment au temps de l’enfance ?

N’avez-vous jamais eu cette impression d’être aidé dans une situation catastrophe ?

 

Je parle de ce qu’on pourrait appeler une aide providentielle, hormis le fait qu’elle ne provienne d’aucune source extérieure visible.

Ainsi, il y a peu de temps, alors que je me bagarrais dans le noir pour brancher une lampe, je pris quelques secondes de cet espace temporel pour entrer en mon Moi intérieur. Ce qu’on appelle plus communément prendre du recul.

Je demandai alors à mon « esprit magnétique » (la magnétite naturellement contenue dans le corps usuel) de guider ma main.

Et, aussi simplement que ça, fermant les yeux de surcroît (alors qu’on n’y voyait déjà rien !), je pus dire « que la lumière soit ! » dès la première tentative…

N’avez-vous vraiment jamais eu cette impression d’être aidé dans un domaine peu maîtrisé, de trouver subitement la solution à ce qui était un casse-tête chinois depuis un moment ?

 

Certains l’appelleront « inspiration » mais cela serait alors réduire la chose à notre propre création intérieure, au fonctionnement brutal de nos facultés inexploitées (car en moyenne, sur dix, nous n’en utilisons qu’une).

Mais quand les causes extérieures, indépendantes de notre volonté, nous rattrapent au vol avant le crash… ?

 

Alors, je devine qu’il s’agit de bien plus que de l’un ou de l’autre de ces états de fait.

La loi immuable selon laquelle tout va de paire me mène sur la voie : ces deux vérités sont complémentaires. L’une ne réfute pas l’autre.

Pourquoi, en effet, ne pas oser imaginer une entité d’un autre espace-temps, pénétrant le notre de façon aussi fugace que l’éclair pour nous apporter son aide tandis qu’une force insoupçonnée, celle dont on dit qu’elle déplace les montagnes, fructifie en nous de jour en jour ?

 

Bien sûr le contraire est aussi vrai, nous subissons aussi ce qu’on appelle « les coups du sort ». Et Shakespeare nous le rappelle. Je cite : « Les ennuis ne surviennent pas en simples espions mais par bataillons entiers ».

Parfois, la traversée du tunnel paraît être sans fin. Mais c’est justement dans cette obscurité totale qu’il faut allumer la flamme de l’espérance !

Et quand elle brille enfin, nous pouvons alors extraire le positif du négatif, dont les signes sont de puissants indices de ce que nous avons à améliorer en nous.

Ainsi l’épreuve se révèle être une précieuse aide si nous nous en servons pour progresser sur notre propre sentier.

 

Les signes peuvent être positifs ou négatifs selon notre chemin de vie, là où nous en sommes dans notre compréhension et acceptation du combat à mener contre nous-mêmes. Ils sont toujours de précieux outils dont nous pouvons nous servir pour nous révéler à nous-mêmes.

Cette conviction trouve encore un écho en Khalil Gibran pour qui : « Les évènements heureux ou tristes sont la graine semée par le passé dans le champ de votre âme afin que le futur les mûrisse ».

 

De plus, si le jour de pluie est morose, la terre l’accueille avec joie. Ne dit-on pas encore : le malheur de l’un fait toujours le bonheur d’un autre. On ne peut que l’accepter.

Et quand le plus gros des problèmes est surmonté, les plus petits passent pour plaisanteries. Il n’est même plus besoin de s’y attarder. Ainsi les obstacles franchis nous rendent plus forts. Ils participent à notre éveil.

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  • Ces dessins et poèmes remontent à mes 17 ans, soit 16 ans de cela. Les esquisses ont reçu quelques retouches par logiciel informatique. Les poèmes, sauf les quelques derniers actuels dont Révélation du 7, n'ont subis que peu de retouches.

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